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Les touristes du Caire en auraient lâché leur camescope. Une plateforme
pétrolière a failli jaillir du sable d'Egypte. Tel est le projet non retenu
de l'architecte français Albert Abut pour le concours du Grand Egyptian
Museum. Il est allé le puiser dans la similitude qu'offre le désert avec
l'océan. Passionné d'aménagement maritime, cet architecte installé au Japon
depuis près de vingt ans a rêvé un musée à structure flottante, posé sur le
sable comme en lévitation au dessus de la mer. Un saisissant contraste avec
la masse écrasante des pyramides.
"L'homme n'a pas encore réglé son problème avec l'eau", assène Albert Abut.
Tout est liquide. Et que sommes-nous sinon des êtres composés de plus de
trois quarts d'eau, luttant à chaque seconde contre les lois de la
gravitation? Quoi de plus naturel, donc, que de vouloir vaincre la mer en
plein désert? Il en ira de l'architecture maritime comme des stations
orbitales. Tout flotte. Ainsi le monumental projet d'Albert Abut nage en
pleine science-fiction. Aux premières rumeurs, les pharaons ont dû se
retourner dans leur sarcophage. Deux monolithes bleu nuit plantés dans une
mer de sable, narguant trois mille ans d'histoire. A l'intérieur, cinq
ascenseurs énormes élèvent les forçats de la visite culturelle vers une
centaine de milliers d'objets. Le musée offshore recèle aussi des
souterrains dédaléens, ventilés selon des procédés millénaires. Les façades
en verre, donc en sable, résistent aux tempêtes du désert. Un cône
réceptacle ouvert sur l'exterieur récupère le sable apporté par les vents
et s'écoule comme un sablier. Voici l'Egypte telle que vous ne la verrez
jamais. Ni même sur mug ou porte-clé. Dommage. Trois fois dommage.
Au Japon, Albert Abut a commencé par s'echauffer avec une douzaine de ponts
piétonniers et quelques kilomètres d'avenue à Yokohama. Il fut le premier
étranger à être missonné par le Kodan, l'aménagement du territoire
japonais. Un événement d'exception qui mérite bien d'étrenner son habit de
cérémonie. Figure consacrée de l'architecture française en Asie, il
enchaînera par des sièges sociaux de grandes sociétés à Tokyo comme
Saint-Gobain, Shiseido ou Axa. Quant à son lycée chrétien d'Okinawa, il est
le bâtiment le plus long jamais construit par un Français au Japon.
Aujourd'hui président du cabinet Atlantis Associates & Co, l'ancien élève
de Janson-de-Sailly et du conservatoire de flûte traversière, n'est pas à
court d'allegretto dans Tokyo, la ville-chantier. Une trentaine d'artisans
ouvriers ploient en ce moment sous le plafond d'une nouvelle salle de
concert classique au coeur du quartier branché de Shibuya.
Extrait de "CitizenK International - Printemps 2002"
par Matthias Debureaux
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